Synthèse sur les réseaux sociaux géolocalisés
Posted on March 9, 2010 by clement

Après avoir utilisé et testé quelques réseaux sociaux géolocalisés sur mon mobile, fait quelques recherches et écrit quelques articles je voulais faire une mini synthèse sur le domaine. Tout d’abord pour mettre certaines idées au clair mais aussi pour répondre aux messages et remarques que je reçois: ça sert à quoi ces services? c’est juste des gadgets, c’est pas sérieux? Quelle est leur utilité?
Un modèle de services mobiles qui a de l’avenir
Premier point je n’ai pas particulièrement d’affect pour Foursquare (c’est vrai que j’en parle beaucoup
) ou pour les autres acteurs (Gowalla, dismoiou…) je l’utilise simplement car j’y ai le plus d’amis et qu’au niveau contenu/fonctionnalités il s’agit du service le plus complet (pour l’instant). Bon osef de ma life.
Ce que je trouve particulièrement intéressant dans cette vague de nouveaux services est le modèle combinant “réseau social – géolocalisation – jeu”, la nouvelle sainte trinité, car elle ouvre un champ de possibilités très, très vaste. Le “modèle” est donc très prometteur, je ne sais pas si le vainqueur se trouvera parmi Foursquare, Gowalla, Facebook, Twitter, Buzz ou encore un autre (et peu importe) mais le concept a du potentiel et voila pourquoi:
Un potentiel d’usages énorme
Les terminaux mobiles tels que l’Iphone ou ceux sous Android offrent enfin un usage simple et efficace de l’internet mobile, il manque encore des débits plus performants pour vraiment avoir une expérience utilisateur optimale, mais gage que cela arrivera rapidement. Mobilité, réseau social, géolocalisation et jeu ouvrent donc des scénarios d’utilisation très, très nombreux. Je classe en cinq catégories les usages possibles:
- Jeu, utilisation ludique
- Recommandations, découvertes
- Rencontres
- Information
- Promotions-bonnes affaires
Sans rentrer dans les détails pour chaque catégorie donnons quelques exemples d’utilisations possibles:
- Jeu, utilisation ludique
- chasse aux badges, échange de biens/cadeaux virtuels
- chasses aux trésors dans la ville, tournée des bars
- activités lié à des événements (sport, concert…)
- Recommandations
- recommandations de lieux par ses amis/réseau proche
- partage de bons plans de proximité
- conseils par des professionnels et autres guides
- Rencontres
- trouver les amis situés dans la même zone
- rencontrer de nouvelles personnes, élargissement de son réseau
- Information
- information locale délivrée par les médias (tv, journaux, radios…)
- information locale délivrée par les acteurs de proximité: poste, mairie, banques…
- Promotions bonnes affaires
- cartes de fidélité
- couponning, promotions au bon endroit, au bon moment
Ce qui est important de constater c’est que les expériences utilisateurs sur un même réseau peuvent être très diverses. Par exemple vous pouvez utiliser Foursquare uniquement pour de la recommandation et trouver des endroits sympathiques dans les environs, ou ne vous concentrer que sur la collection de badges ou encore pour trouver des réductions, bref il n’y a pas une seule façon d’utiliser ces réseaux sociaux mais de multiples, suivant vos envies, vos besoins et votre profil.
Des modèles économiques vraiment applicables
Je ne reviendrai pas sur les modèles économiques applicables à ces réseaux (consultez cet article pour avoir mon point de vue) mais la grosse différence d’avec un réseau comme Twitter se trouve dans le fait que la monétisation est (à mon sens) plus évidente car les différentes parties (utilisateurs-réseaux-commerces de prox-marques) ont de vrais intérêts en commun et de véritables ressources à échanger.
- l’utilisateur: son temps, son pouvoir d’achat, ses recommandations, son réseau d’amis.
- les commerces de proximité, les chaines et les marques: leurs produits, des promotions, des coupons, des activités de fidélisation.
- L’administration, la poste, les banques: de l’information.
- Les médias: des contenus.
Si on met tout ça dans un mixer il en ressort de nombreuses combinaisons possibles avec une grosse différence comparé aux réseaux classiques: cela se passe dans la vie de tous les jours (boulangerie…) et avec une vraie valeur pour l’utilisateur final (à choisir entre deux bars je prendrai le plus recommandé, celui qui a une promo etc…)
Deuxième aspect important la pertinence des promotions, des pubs… dans le contexte d’utilisation. Jason Fried (de 37signals) a une remarque très pertinente au sujet du modèle publicitaire sur internet. Google fait des milliards avec ses liens sponsorisés, du coup tout le monde se dit: “tient, si nous aussi on mettait de la pub sur notre site”, le problème étant que lorsqu’on se trouve sur google on est dans une optique de recherche, on cherche une information, un produit etc… du coup il tombe sous le sens que lorsque le lien sponsorisé répond à cette recherche on a plus de chance de cliquer dessus. Appliquez ça à des sites de contenus et vous obtiendrez… pas grand chose. Pourquoi aurai-je envie de voir de la pub quand je consulte un article sur lemonde.fr? pourquoi je cliquerai dessus? Je ne suis absolument pas en mode “recherche” mais en mode “consultation d’information” d’où le décalage du modèle publicitaire.
Sur les réseaux sociaux géolocalisés la pertinence est plus évidente. Quand je lance l’application pour rechercher des amis ou un lieu pour diner, les promotions, la pub, le couponning et les recommandations sont aussi pertinentes qu’un lien sponsorisé de compagnie aerienne quand je tape “vol Paris-New York” sur google. Je cherche quelque chose et on me donne une solution. Attention je ne dis pas qu’il faille le faire de façon peu “distinguée” et sans réfléchir, mais la publicité et la promotion se révèlent plus pertinentes ici, avec de nouveaux modèles à trouver.
Un marché loin d’être prêt
Tout cela est bien beau mais il ne faut pas se voiler la face, le chemin à parcourir avant une adoption de masse est encore extrêmement long. Les utilisateurs actuels sont clairement des early adopters et la majorité des personnes qui s’y essaye se demande “à quoi ça sert ce truc?”. On revient au problème classique des réseaux sociaux: atteindre la masse critique d’utilisateurs. Foursquare ou autre deviendra vraiment intéressant et utile lorsque que beaucoup de membres s’y trouveront et partageront du contenu. Alors à ce moment, oui, on pourra trouver des conseils sympas, retrouver par hasard un(e) ami(e) proche de son lieu actuel, profiter d’une promotion sur un happy hour… On ne peut pas dire que cela le cas pour le moment…
L’adoption par un marché de masse se heurte déjà à deux grosses barrières purement techniques:
- le taux de pénétration de la 3G insuffisant: entre 20%-25% pour l’occident.
- le taux de pénétration de mobiles avec puce gps, inférieur à 15% des mobiles pour l’occident.
Ces deux facteurs doivent d’abord être résolus avant de penser “mass market”, vu les taux de croissance et d’adoption sur ces deux critères il faudra encore un an ou deux avant que plus de la moitié des gens soit équipée. Enfin la dernière barrière celle là plus “humaine”: la conduite du changement et faire accepter aux gens que le partage de données géolocalisées ce n’est pas “mal”, et là ce n’est pas gagné!
Un forme amenée à évoluer
Le “fond” à selon moi de l’avenir (comme on l’a vu) mais au niveau de la “forme” je suis absolument d’accord pour dire que de nombreux changements sont possibles et que tout n’est pas encore figé dans le marbre.
Par “forme” j’entends plusieurs points qui seront probablement amenés à évoluer. Tout d’abord le modèle “symétrique” de Foursquare, Gowalla et autres. Un réseau symétrique est un réseau comme Facebook, pour être ami avec quelqu’un il faut qu’il accepte une demande, du coup si vous avez 150 amis alors ces 150 personnes vous suivent forcément également. Au contraire Twitter est un réseau social asymétrique, des personnes peuvent suivre votre activité sans attendre votre autorisation et sans que vous les suiviez en retour. Cette frontière n’est pas non plus figée puisque Facebook tend à brouiller cette limite avec la possibilité de rendre son flux public, “à la Twitter”, mixant ainsi les deux modèles.
Gowalla, Dismoiou, Foursquare sont pour le moment calqués sur le modèle symétrique, pour que quelqu’un accède à votre flux de sorties il vous faut l’accepter et en retour vous pouvez aussi visualiser son flux. Une raison simple de ce choix est bien sur la volonté de contrôler des données aussi sensibles que ses lieux de sorties, il est plus que probable que les utilisateurs grand public refusent de joindre un réseau ou l’on expose publiquement leur flux de sorties. Dans la pratique passé un certain cap je pense qu’il sera utile de basculer sur un modèle mixte et de rendre public une partie de ses flux de sorties, toujours avec des paramètres de contrôles (dans la pratique j’accepte personnellement tout le monde sur Foursquare).
Le second point beaucoup débattu, et toujours lié à la notion de “données privées” est le concept de Check-in. A l’origine était Google latitude qui tourne automatiquement sur votre mobile et vous géolocalise en permanence, vos amis pouvant ainsi vous suivre à la trace sans que vous ayez à vous signaler. Puis est arrivé l’Iphone, Apple n’autorise tout simplement pas les développeurs d’applications tierces d’accéder automatiquement à la géolocalisation permanente d’un terminal Iphone. L’utilisateur doit lancer l’application pour que celle-ci diffuse vos données géographiques. C’est ainsi qu’est née le concept de Check-in (sur l’Iphone en tout cas), l’utilisateur doit sélectionner lui même le lieu ou il se signalera et appuyer sur le bouton “Check-in” pour rendre accessible l’information. Ce concept à l’avantage d’être moins intrusif mais également d’être sur que l’utilisateur se signale au bon endroit puisque que c’est à lui de sélectionner le magasin, le restaurant, le bar où il se trouve.
Ces deux concepts fondamentaux seront surement amenés à évoluer dans les années qui viennent mais constituent un début inévitable, la géolocalisation fait encore peur mais parions qu’après une (longue) phase d’apprentissage, les gens utiliseront facilement ce type de services, nous sommes au tout début de l’aventure.
What’s next?
La bataille fait rage en ce moment entre les différents acteurs pour savoir qui raflera la mise. Les réseaux plus modestes comme Foursquare, Gowalla doivent se battre entre eux mais voient déjà se profiler l’ombre de Twitter et Facebook qui peuvent sauter dans le wagon de la géolocalisation en s’appuyant sur des bases de plusieurs millions d’utilisateurs. Même si une masse d’utilisateurs importante n’est pas un gage de succès (voir le fiasco de Google Buzz) cela se révèle être un atout très puissant. De plus Twitter et Facebook ont un vrai coeur de métier centré sur les réseaux sociaux, ce qui n’est pas le cas de google. Les scénarios sont nombreux (rachats, concentration du milieu…) et bien malin est celui qui peut prédire comment le milieu évoluera dans les prochains mois.
Deuxième axe de développement à surveiller: la formation d’écosystèmes autour des réseaux géolocalisés. Foursquare, Twitter et Gowalla ont tous sorti leur API, ce qui veut probablement dire que les écosystèmes d’applications tierces vont enfin commencer à se former sur la base de la géolocalisation. L’exemple de Twitter a démontré que posséder un ecosystème d’applications gravitant autour de son service principal constitue une barrrière concurrentielle très intéressante. On voit déjà quelques services annexes arriver pour Foursquare, parions qu’ils pousseront comme des champignons dans les mois qui arrivent…


